Anissa Aissa est l’une des deux récipiendaires d’une bourse de 2 000 $ accordée par la Fondation canadienne de recherche en approvisionnement pour un mémoire en approvisionnement écrit en 2005-2006 à HEC Montréal. Ce sommaire vise à décrire le contenu du mémoire aux membres de l’ACGA. La version complète du mémoire est disponible à HEC Montréal.
Directeur du mémoire :
Jean Nollet, titulaire, Chaire de gestion des approvisionnements
Sommaire
En termes d’énergie, l’économie mondiale est dépendante à 90 % des énergies fossiles. La pénurie de pétrole, que certains considèrent comme imminente, et la détérioration de l’environnement sont deux facteurs essentiels dont l’entreprise doit tenir compte dans l’adoption d’une stratégie d’acquisition des énergies renouvelables. Ces dernières présentent une alternative sécuritaire que les gestionnaires devront penser à adopter dans les prochaines décennies. Cependant, plusieurs problèmes liés à l’accessibilité, la production et l’utilisation de ces énergies persistent encore.
La transition vers les énergies renouvelables couvre deux périodes différentes, à savoir la période actuelle (utilisation des énergies conventionnelles) et la période future (utilisation des énergies renouvelables). Nous avons tenté de faire ressortir les pratiques actuelles du service approvisionnement, mais également les pratiques probables dans les prochaines décennies en matière d’acquisitions énergétiques.
Nous pensons que la rareté des écrits sur ces pratiques est symptomatique du monopole d’État comme fournisseur d’énergie dans la majorité des pays. Ce cadre économique impose aux entreprises de s’approvisionner auprès d’un seul fournisseur en énergie qui dicte les lois du marché. De plus, les prix de l’énergie ne peuvent être dissociés du volet politique qui influence les marchés boursiers et laisse ainsi place à la spéculation. D’ailleurs, plusieurs gouvernements ont adopté des stratégies de stockage pour éviter les effets de la suspension d’approvisionnement en pétrole vécue lors des chocs pétroliers de 1973 et 1979. Ainsi, le seul rôle connu du service d’approvisionnement dans le processus d’acquisition des services en énergie est d’assurer la continuité des contrats et de collaborer avec le service financier de l’entreprise pour l’établissement et la reconnaissance des besoins énergétiques de l’entreprise. De ce fait, l’approvisionnement en énergie relève souvent du service financier de l’entreprise. On parle surtout de négociation des prix et non de recherche d’autres sources d’énergie. Cette approche est purement classique et ne donne pas au service d’approvisionnement la possibilité d’exercer pleinement son mandat dans l’entreprise.
Les tendances actuelles
La libéralisation des marchés énergétiques : Depuis quelques années, la déréglementation des marchés énergétiques a commencé à prendre place dans plusieurs pays européens, ainsi qu’aux États-Unis. Cette situation a poussé les entreprises à procéder à une évaluation des différents fournisseurs d’énergie pour déterminer la meilleure offre. Ce cadre peut inspirer les approvisionneurs et leur donner une approche avant-gardiste dans le cadre d’une future transition vers les énergies renouvelables. Le contexte de la déréglementation et celui de la transition vers les énergies renouvelables présentent beaucoup de similitudes telles que le choix du fournisseur, de l’énergie utilisée et la détermination des critères de service. Le service approvisionnement peut tirer des leçons du contexte de libéralisation du marché pour pouvoir les appliquer dans la transition vers les énergies renouvelables.
La libéralisation des marchés énergétiques a favorisé l’apparition de plusieurs firmes spécialisées dans les services de consultation en énergie. Nous avons noté que ces consultants assurent des tâches que le service approvisionnement pourrait réaliser dans un cadre d’évaluation des fournisseurs. Néanmoins, un certain niveau de formation est requis pour ce faire, surtout que les énergies renouvelables présentent plusieurs spécificités technologiques. L’implication du service approvisionnement sera davantage imposée par la stratégie d’approvisionnement retenue par l’entreprise, que par le niveau de dépendance de cette dernière vis-à-vis de l’énergie.
La chaîne d’approvisionnement «verte» : la protection de l’environnement est considérée comme une préoccupation qui doit davantage retenir l’attention des gestionnaires. Ainsi, on parle de plus en plus de chaîne d’approvisionnement «verte». L’entreprise et le service d’approvisionnement devront ajuster leurs stratégies pour réaliser ce changement. Ce cadre s’avère favorable pour la transition vers les énergies renouvelables, surtout si le service d’approvisionnement a des relations d’affaire avec des fournisseurs qui utilisent les énergies renouvelables ou auxquels il impose leur utilisation dans le futur. D’ailleurs, l’extension qu’a prise la normalisation ISO14000 dans les entreprises n’est qu’un indicateur encourageant pour la transition vers les énergies renouvelables qui limitent l’impact des opérations sur l’environnement.
Les tendances futures
À partir d’une synthèse sur les énergies renouvelables, leurs modes de production et leurs applications, nous avons noté l’importance du volet technologique de la transition vers les énergies renouvelables et nous avons remarqué la présence de plusieurs intermédiaires qui peuvent intervenir dans le processus d’un changement technologique. En nous basant sur des exemples au niveau international, nous avons relevé que les enjeux sont plutôt importants pour le secteur des transports et le secteur secondaire. Pour les entreprises fortement dépendantes de l’énergie, un partenariat avec les intermédiaires (les centres de recherche et les entreprises de recherches intensives) pourrait être indiqué. Cependant, pour réussir le transfert technologique, il existe différents types de contrats de partenariat; encore faut-il choisir le bon.
Pour les contrats d’acquisition ou les joint ventures, le service d’approvisionnement devra collaborer étroitement avec le service de R&D, puisque les acquisitions présentent un haut niveau de technicité et influencent l’importance de l’avantage concurrentiel pour conquérir de nouveaux marchés. Dans ce cadre, on s’attend à ce que le service d’approvisionnement joue le rôle de négociateur et qu’il soit aussi le porte-parole de l’entreprise. Son rôle de communicateur s’avère crucial pour établir des liens de confiance et de transparence avec les partenaires. Encore ici, les approvisionneurs doivent avoir une formation technique très spécialisée pour assurer ce type de contrat.
Les autres catégories de contrat peuvent être considérées comme des contrats deservice énergétique. Le rôle sera alors focalisé sur l’étude des options disponibles sur le marché. Dans ce cadre, le service pourra consulter les services gouvernementaux pour accéder à l’information nécessaire, puis contacter les centres de recherche pour avoir plus de détails, ce qui facilitera le choix du mode énergétique le plus adéquat et surtout le plus accessible. Cette approche permet au service d’approvisionnement de déterminer les fournisseurs locaux, ce qui accélèrera le processus de transfert technologique (partenariat stratégique) et aura un impact sur la diminution des prix de distribution et la rapidité des services.
Et pour finir : l’approvisionneur devra être proactif
Pour que le service d’approvisionnement soit le pionnier de cette transition, il faudra beaucoup d’engagement personnel de la part des approvisionneurs et une profonde conscience environnementale pour embarquer dans l’approvisionnement en énergies renouvelables. Cet engagement est primordial pour la réussite de cette transition cruciale.
Le service d’approvisionnement joue un rôle important dans la circulation de l’information avec les clients internes (les autres services de l’entreprise) et les fournisseurs. Sa position comme «porte d’entrée» donne des informations réelles sur le marché, ce qui permet à l’entreprise de diminuer le temps de transfert, d’améliorer les processus de production ainsi que la qualité des produits finis dans le respect de l’environnement. Le service d’approvisionnement devra également être en mesure de suivre les offres gouvernementales et tirer profit de toutes les opportunités qui peuvent faciliter la transition vers les énergies renouvelables.
Dans ce mémoire, nous avons tenté d’attirer l’attention des gestionnaires sur le rôle du service d’approvisionnement dans les prochaines années, marquées par une transition certaine vers les énergies renouvelables. La question n’est pas de savoir si cette transition doit se faire ou non : c’est une question de bien la faire et le plus tôt sera le mieux.

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